« Le plus dangereux sur la route, c’est le mécanisme de routine »

Inspecteur principal de police à Ellezelles, Diane Roland œuvre au cœur de la zone de police des Collines. Entre prévention, sensibilisation et interventions face au danger de la route, elle éclaire le rôle souvent ignoré des policiers sur les missions de la police en matière de sécurité routière, plus particulièrement dans les zones rurales en Wallonie.

Alexandre Doclot

Quel est votre rôle en matière de sécurité routière dans des zones rurales comme Ellezelles ?

 Notre première mission est de voir où pourrait se trouver les zones d’insécurité des citoyens. On doit donc analyser les différents carrefours ou endroits qui pourraient être source de danger. C’est avant tout de la prévention. Ensuite, quand il y a une situation problématique, en fonction de nos connaissances des quartiers et techniques, on voit ce que l’on peut mettre en place pour améliorer la sécurité. Dans la grande majorité des cas, ce sont des carrefours qui sont modifiés soit pour des problèmes de visibilité ou pour réduire leurs nuisances sonores.

Qu’est ce qui est le plus compliqué à faire changer en matière de sécurité routière ?

On se rend compte la plupart du temps que ce n’est pas nécessairement l’alcool et les stupéfiants qui reviennent le plus souvent lors des accidents, c’est tout simplement l’inattention et le non-respect du code de la route. Quand on entend les statistiques du nouvel an au journal parlé, on parle généralement de l’alcoolémie, mais chez nous l’alcool et les stupéfiants, je suis sceptique. Entre téléphone, GPS, inattention vis-à-vis de la signalisation routière et les excès de vitesse, les accidents se multiplient.

Est-ce que vous menez des actions de sensibilisation ?

Bien sûr, mes agents de quartier font des actions pour sensibiliser les jeunes lors des journées pro-vélos dans les écoles. Dans ce genre d’actions, notre rôle est de rappeler le code de la route de manière théorique et nous les accompagnons également durant les journées de roulage.

En 20 ans de service, avez-vous aperçu une évolution dans le comportement des automobilistes ?

Oui, aujourd’hui la plupart des gens utilisent leur téléphone au volant. Lorsque j’ai appris à rouler en voiture dans les années 2000, il n’y avait pas de système de kit main libre. Aujourd’hui, avec l’évolution technologique des voitures, je ne comprends toujours pas comment les gens font pour utiliser leur téléphone dans la voiture en roulant.

Sur le terrain, vous avez déjà vécu une situation assez marquante ?

Quand on doit appeler le service ambulance pompier pour désincarcérer une personne coincée dans une voiture, c’est toujours assez stressant car on ne sait pas dans quel état la personne va être. Quand c’est un accident avec mort d’homme, c’est toujours plus marquant.

Comment gérer-vous ce genre de situations ?

Grâce à l’académie, on a appris tout ce qui est gestion du stress et des émotions pendant la formation de base pour devenir inspecteur de police. Pour le reste, c’est à nous de trouver des ressources mais depuis que je suis maman, j’ai des difficultés quand ça touche des enfants. Cependant, on ne doit pas oublier qu’on doit rester professionnel et ne pas se laisser envahir par ses émotions.

Cela a-t-il changé votre perception sur la conduite en général ?

Oui, on est beaucoup plus attentif et on a aussi une fonction d’exemple.  Si on se fait attraper avec des stupéfiants ou de l’alcool au volant, on risque d’avoir de grosses sanctions. Avec notre expérience, on se rend compte beaucoup plus des conséquences qu’une conduite peut avoir quand il y a un crash, mais il y a surtout la fonction d’exemple.

Quel serait votre conseil pour les automobilistes de la région ?

La majorité des accidents se passent dans un rayon assez proche de son domicile et lieu de travail. Les gens ont tellement l’habitude du trajet qu’ils empruntent qu’ils finissent par être beaucoup moins attentifs.  Mon conseil serait donc de faire beaucoup plus attention à ce genre de trajet. Un proverbe revient toujours dans la police, c’est que la routine tue.